Il y a une question qui revient régulièrement dans le monde du livre : que fait-on lorsque l’on découvre que l’auteur d’un livre que l’on aime est une personne que l’on désapprouve profondément ?
Parce qu’autant être honnête : c’est facile d’aimer un livre quand on ne sait rien de son auteur.
On lit, on s’attache aux personnages, on dévore les pages, on recommande le roman autour de nous…
Et puis un jour, on découvre une interview. Un tweet. Une déclaration. Un comportement.
Et là, soudainement, notre magnifique moment de lecture prend un petit virage à 180 degrés.
Alors, que fait-on ?
Est-ce qu’on arrête de lire ses livres ?
Est-ce qu’on peut continuer à les apprécier ?
Est-ce que lire son œuvre revient à soutenir l’auteur ?
Ou peut-on simplement se dire : « J’aime ce livre, mais je n’aime pas la personne qui l’a écrit » ?
★ L’auteur et son œuvre sont-ils deux choses différentes ?
C’est probablement la première question à se poser.
Un livre, une fois publié, ne reste pas enfermé dans la tête de son auteur.
Il est lu par des milliers de personnes, interprété de différentes manières, discuté, critiqué, aimé, détesté.
Une œuvre peut même finir par représenter quelque chose de complètement différent pour ses lecteurs de ce que son auteur avait imaginé au départ.
Alors peut-on réellement considérer qu’un livre et son auteur sont indissociables ?
D’un côté, certains répondront que oui.
Après tout, sans l’auteur, le livre n’existerait pas. Ses idées, ses choix et sa manière d’écrire ont forcément participé à la création de l’œuvre.
De l’autre, on peut considérer qu’une fois le livre publié, il appartient aussi à ceux qui le lisent.
Et c’est là que les choses commencent à devenir compliquées.
★ Et si l’auteur est raciste ?
Prenons un cas volontairement clair.
Vous découvrez que l’auteur d’un roman que vous adorez tient des propos ouvertement racistes.
Vous aimez toujours son livre.
Est-ce que cela signifie que vous êtes raciste ?
Évidemment que non.
Lire un livre ne signifie pas automatiquement partager toutes les opinions de la personne qui l’a écrit.
Mais cela ne règle pas pour autant toute la question.
Parce qu’on peut aussi se demander : est-ce que continuer à acheter ses livres ou à les promouvoir revient malgré tout à le soutenir ?
Et là, la réponse n’est plus aussi simple.
★ Lire n’est pas forcément soutenir
Il faut aussi faire une distinction entre plusieurs choses.
Lire un livre que l’on possède déjà.
Acheter un livre neuf.
Acheter un livre d’occasion.
Emprunter le livre à une bibliothèque.
L’offrir à quelqu’un.
Le recommander à des dizaines de personnes.
Parler de l’auteur sur les réseaux sociaux.
Toutes ces actions n’ont pas exactement les mêmes conséquences.
Dire « je continue à apprécier ce livre » n’est donc pas forcément équivalent à dire « je continuerai à soutenir financièrement et publiquement cet auteur ».
On peut très bien conserver un livre dans sa bibliothèque et ne plus vouloir acheter ses prochaines publications.
On peut reconnaître qu’un roman a compté pour nous à une certaine période de notre vie sans vouloir défendre les opinions de la personne qui l’a écrit.
Et surtout, on peut apprécier une œuvre tout en condamnant son auteur.
★ Mais est-ce qu’il y a une limite ?
Oui.
Et c’est probablement là que le débat devient vraiment intéressant.
Parce qu’il serait assez facile de dire : « On sépare toujours l’artiste de son œuvre et puis voilà. »
Sauf que la réalité est beaucoup plus compliquée.
Il y a une différence entre découvrir que son auteur préféré a une personnalité désagréable et découvrir qu’il tient des propos ouvertement racistes, qu’il est accusé de violences ou qu’il a eu des comportements particulièrement graves.
Toutes les situations ne se valent pas.
Et chacun peut avoir sa propre limite.
Pour certaines personnes, découvrir certains comportements suffit à leur faire perdre toute envie de lire l’auteur.
Pour d’autres, elles feront une distinction entre la personne et l’œuvre.
Et aucune de ces réactions n’est forcément absurde.
★ Peut-on aimer un livre sans défendre son auteur ?
Oui.
Et je pense que c’est là qu’il faut faire attention à ne pas tout mélanger.
Dire :
« J’ai adoré ce livre. »
ne signifie pas nécessairement :
« J’approuve tout ce que son auteur pense et fait. »
De la même manière que dire :
« Ce personnage est incroyable. »
ne signifie pas :
« Je suis d’accord avec tout ce qu’il fait. »
On peut avoir une relation très personnelle avec une œuvre.
Un livre peut nous avoir accompagné pendant une période importante de notre vie.
Il peut nous avoir fait rire, pleurer, réfléchir ou simplement nous avoir offert quelques heures d’évasion.
La découverte de quelque chose de problématique concernant son auteur ne peut pas forcément effacer ce que ce livre a représenté pour nous.
★ Mais qu’en est-il de l’argent ?
C’est probablement l’un des arguments les plus difficiles à écarter.
Parce que si vous achetez un livre neuf, une partie de cet argent revient généralement à la chaîne qui permet à l’œuvre d’exister et, selon les modalités du contrat, à l’auteur.
Alors est-ce qu’acheter le livre revient à soutenir l’auteur ?
Dans une certaine mesure, oui.
Et c’est justement pour cela que certaines personnes choisissent de ne plus acheter les livres d’un auteur qu’elles désapprouvent.
Mais là encore, chacun peut décider où placer sa limite.
On peut continuer à aimer un livre que l’on possède déjà tout en décidant de ne plus acheter les nouvelles publications de l’auteur.
On peut également privilégier l’occasion ou l’emprunt.
Ce ne sont pas nécessairement des choix contradictoires.
★ Et si le livre lui-même est problématique ?
Il y a également une autre situation.
Et si le problème ne concernait pas seulement l’auteur ?
Et si les idées problématiques étaient directement présentes dans le livre ?
Dans ce cas, le débat rejoint forcément celui des précédents articles.
Peut-on apprécier une œuvre dont on désapprouve le message ? (mettre le lien !!!)
Oui.
Mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas la critiquer.
On peut reconnaître qu’un livre est bien écrit tout en considérant que certains propos sont dangereux.
On peut comprendre pourquoi une œuvre a du succès tout en étant profondément mal à l’aise avec certains de ses contenus.
Et on peut même continuer à l’aimer personnellement sans demander aux autres de faire de même.
★ Alors, faut-il arrêter de lire les auteurs problématiques ?
Je ne pense pas qu’il existe une réponse universelle.
Certaines personnes feront le choix de ne plus jamais acheter ou lire les livres d’un auteur dont elles désapprouvent profondément les actions.
D’autres continueront à lire certaines de ses œuvres en faisant une distinction entre l’auteur et son travail.
Et d’autres encore choisiront de ne plus soutenir financièrement l’auteur tout en conservant et en appréciant les livres qu’elles possèdent déjà.
Ce qui me paraît important, c’est de comprendre que ces choix ne sont pas forcément contradictoires.
On peut aimer un livre et condamner son auteur.
On peut décider de ne plus acheter ses livres tout en gardant ceux que l’on possède.
On peut aussi décider qu’une certaine limite personnelle a été franchie et ne plus vouloir entendre parler de l’œuvre.
Et finalement, c’est peut-être ça, le plus important : chacun peut définir sa propre limite.
★ Alors, peut-on encore aimer le livre ?
Oui.
Mais peut-être pas de la même manière.
Parfois, découvrir certaines choses sur un auteur change complètement notre regard sur son œuvre.
Parfois, cela ne change rien.
Parfois, on continue d’aimer le livre mais on ne souhaite plus soutenir la personne qui l’a écrit.
Et parfois, on n’arrive tout simplement plus à séparer les deux.
Toutes ces réactions peuvent exister.
Parce qu’un livre peut avoir une valeur particulière pour nous sans que nous soyons obligés de transformer son auteur en modèle.
Lire un livre n’est pas signer un contrat moral avec son auteur.
Mais acheter, promouvoir et soutenir un auteur sont des choix différents de celui d’apprécier une œuvre que l’on possède déjà.
Alors oui, on peut continuer à aimer un livre écrit par une personne que l’on désapprouve.
La vraie question est peut-être simplement :
jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour continuer à le soutenir ?
Et ça, contrairement à la question de savoir si le livre est bon ou mauvais, chacun est probablement le mieux placé pour y répondre.
Bon… par contre, si je découvre demain que l’auteur de mon livre préféré est une personne absolument odieuse, je vais quand même avoir besoin de quelques minutes pour regarder ma bibliothèque et me demander si tous ces livres me jugent maintenant.
Parce qu’après tout ce que je viens de dire, ce serait quand même dommage que ce soit finalement ma propre étagère qui me fasse un procès.