Je pense qu’il y a une petite règle que beaucoup de lecteurs se sont déjà imposée au moins une fois : « J’ai commencé ce livre, alors je dois le terminer. »
Peu importe qu’il nous plaise vraiment ou non. Peu importe qu’on mette trois semaines à avancer de vingt pages. On l’a commencé, donc il faudrait aller jusqu’à la dernière page.
Mais est-ce qu’on est vraiment obligés ?
★ Cette impression de devoir aller jusqu’au bout
Lorsqu’on commence un livre, il y a parfois cette petite voix qui nous dit qu’il serait dommage de l’abandonner.
Après tout, on l’a acheté. On l’a choisi parmi tous les autres. On a lu les premières pages. Alors pourquoi arrêter maintenant ?
Et puis, il y a toujours l’espoir que ça s’améliore.
« Peut-être que ça devient intéressant au chapitre suivant. »
« Il faut sûrement que je rentre davantage dans l’histoire. »
« Tout le monde a adoré ce livre, je vais forcément finir par comprendre pourquoi. »
Et pendant ce temps, le pauvre livre reste posé sur la table pendant deux semaines.
★ Quand on n’accroche vraiment pas
Il y a une différence entre un livre qui met un peu de temps à démarrer et un livre avec lequel on ne ressent absolument rien.
Parfois, on avance dans l’histoire sans avoir particulièrement envie de connaître la suite. On repousse sa lecture, on préfère prendre un autre livre et, finalement, on réalise qu’on ouvre ce roman uniquement parce qu’on pense qu’il faut le finir.
Et là, je crois qu’il faut savoir s’écouter.
Si une lecture devient une obligation, quelque chose ne va probablement plus.
Lire est censé être un plaisir, pas une punition avec un nombre de pages restant affiché mentalement au-dessus de notre tête.
★ Mais parfois, il faut aussi laisser une chance au livre
Évidemment, je ne pense pas qu’il faille abandonner un livre après vingt pages simplement parce qu’on n’est pas immédiatement captivé.
Certains romans ont besoin de temps pour installer leur univers, leurs personnages ou leur intrigue. Il arrive aussi qu’on ne soit tout simplement pas dans le bon état d’esprit pour une histoire.
Un livre peut donc ne pas fonctionner aujourd’hui et devenir une très bonne lecture quelques mois plus tard.
C’est aussi pour cette raison que je préfère parfois mettre un livre de côté plutôt que de décider définitivement que je ne l’aime pas.
Il n’a peut-être simplement pas rencontré la bonne version de moi au bon moment.
★ Et la culpabilité dans tout ça ?
C’est probablement le plus compliqué.
Abandonner un livre peut donner l’impression d’avoir échoué. Comme si chaque livre commencé devait obligatoirement être terminé pour pouvoir passer au suivant.
Mais une PAL n’est pas une liste de missions.
Il n’y a pas de récompense secrète à la fin de l’année pour avoir terminé tous les livres commencés. Et malheureusement, personne ne viendra non plus nous remettre une médaille parce qu’on a réussi à terminer un roman de 600 pages alors qu’on n’en avait plus aucune envie.
On a le droit de dire : « Ce livre n’est pas pour moi. »
Et c’est tout.
★ Abandonner un livre, ce n’est pas forcément l’abandonner pour toujours
J’aime bien cette idée.
Lorsqu’on arrête une lecture, on peut très bien la reprendre plus tard. Rien ne nous oblige à considérer cet abandon comme définitif.
Peut-être que dans quelques mois, on aura envie de découvrir à nouveau cette histoire. Peut-être que notre humeur aura changé, que nos goûts auront évolué ou qu’on sera simplement davantage disponible pour cette lecture.
Et si ce n’est jamais le cas, ce n’est pas grave non plus.
Tous les livres ne sont pas faits pour nous.
★ Alors, faut-il toujours terminer un livre commencé ?
Personnellement, je dirais que non.
Je préfère largement abandonner une lecture qui ne me plaît pas plutôt que de passer des semaines à me forcer à avancer uniquement parce que je l’ai commencée.
Bien sûr, certains livres méritent qu’on leur laisse une vraie chance. Mais cette chance n’a pas besoin de durer jusqu’à la dernière page si l’on sait déjà que l’histoire ne nous correspond pas.
Et puis, il y a tellement de livres à découvrir.
Pourquoi passer son temps libre à se forcer à lire une histoire qui ne nous donne aucune envie de tourner la page alors qu’un autre livre pourrait nous faire dévorer trois cents pages en une soirée ?
Finalement, je crois qu’il faut surtout se rappeler une chose : on lit pour le plaisir, pas pour remplir une obligation.
Alors oui, parfois, je terminerai un livre commencé même si j’ai eu quelques difficultés à entrer dans l’histoire.
Et parfois, je le refermerai simplement en me disant que nous n’étions pas faits pour nous rencontrer.
Ce n’est pas très grave.
Il y aura toujours un autre livre qui m’attendra.