Pause lecture

Les petits plaisirs d’une lectrice

Être lectrice, ce n’est pas uniquement ouvrir un livre et lire. Enfin, techniquement, si. Mais ce serait beaucoup trop simple. Parce qu’au fil du temps, on finit par développer tout un tas de petits plaisirs autour de la lecture. Des choses parfois complètement insignifiantes pour les autres, mais qui peuvent suffire à rendre une journée meilleure.

Et il faut bien l’avouer : certaines de ces habitudes sont légèrement ridicules. Mais je refuse de m’en excuser.

Le premier petit plaisir, c’est évidemment choisir son prochain livre. Et là, on pourrait croire que c’est simple : on regarde sa bibliothèque, on prend un livre et terminé. Absolument pas. Il faut regarder les couvertures, relire les résumés, réfléchir à son humeur, se demander si on a envie de romance, de suspense, de quelque chose de léger ou au contraire d’une histoire qui va probablement nous détruire émotionnellement.

Et parfois, après quinze minutes de réflexion, on finit par choisir exactement le livre auquel on pensait au départ.

Une perte de temps ? Peut-être.

Une étape indispensable ? Absolument.

Il y a aussi le plaisir de découvrir une nouvelle histoire. Ce moment où on ouvre un livre pour la première fois et où tout est encore à découvrir. On ne connaît pas les personnages, on ne sait pas ce qui va leur arriver, on ne sait pas encore qui va nous énerver, qui va nous faire rire et qui va probablement finir par nous briser le cœur.

C’est un peu comme rencontrer de nouvelles personnes.

Sauf qu’on peut refermer le livre si la rencontre tourne mal.

Enfin… en théorie.

J’aime aussi énormément le moment où je commence réellement à entrer dans l’histoire. Les premières pages ont quelque chose de particulier. On découvre l’univers, les personnages, la façon dont l’auteur écrit… puis, sans vraiment s’en rendre compte, on commence à s’attacher.

Et c’est là que le livre devient dangereux.

Parce qu’au début, on lit tranquillement.

Puis on commence à penser aux personnages dans la journée.

Puis on se demande ce qu’ils vont faire ensuite.

Puis on ouvre le livre « juste pour lire un chapitre ».

Et soudain, il est beaucoup trop tard.

Il y a également ce petit plaisir très particulier : retrouver son personnage préféré. Quand on arrive à une scène où il apparaît, il y a cette petite satisfaction presque immédiate. On sait qu’on va passer un bon moment.

À l’inverse, il y a les personnages qu’on voit arriver et qui nous donnent immédiatement envie de dire : « Non. Toi, tu repars. »

Évidemment, ils ne repartent jamais.

Les auteurs ont manifestement décidé que notre tranquillité émotionnelle n’était pas une priorité.

Un autre plaisir que j’adore, c’est découvrir une phrase qui me plaît vraiment. Une phrase qu’on relit une deuxième fois. Puis une troisième. Parce qu’elle est belle, qu’elle nous fait réfléchir ou simplement parce qu’elle sonne parfaitement.

Et parfois, il suffit d’une seule phrase pour avoir envie de poser le livre quelques secondes et de la laisser exister dans notre tête.

Bon, parfois aussi, on prend une photo.

Parce qu’une belle citation dans un livre et une lectrice avec un téléphone à portée de main, c’est une combinaison assez prévisible.

Il y a aussi le plaisir de voir son marque-page avancer.

Oui, c’est totalement absurde.

Mais voir qu’on était à la page 70 et qu’on est maintenant à la page 250 donne une satisfaction assez difficile à expliquer. On a l’impression d’avoir accompli quelque chose. Ce qui est techniquement vrai : on a lu 180 pages.

Même si, pendant ces 180 pages, on a surtout souffert émotionnellement à cause de personnages fictifs.

Le plaisir de terminer un livre est lui aussi particulier. Il y a cette petite satisfaction de refermer la dernière page et de regarder la couverture en se disant : « Ça y est. »

Parfois, on est simplement contente d’avoir terminé.

Parfois, on est complètement détruite.

Et parfois, on reste quelques minutes à fixer le vide parce qu’on ne sait pas quoi faire de nous-mêmes maintenant que cette histoire est terminée.

C’est probablement ce qu’il y a de plus étrange dans la lecture : on peut passer des heures à vouloir connaître la fin et, une fois qu’on l’a enfin, regretter que l’histoire soit terminée.

Et puis il y a tous ces petits plaisirs qui n’ont même pas grand-chose à voir avec l’histoire elle-même.

L’odeur d’un livre neuf.

Le bruit des pages qu’on tourne.

Une couverture qu’on trouve particulièrement jolie.

Voir une pile de livres sur sa table.

Entrer dans une librairie en se disant qu’on ne va « rien acheter ».

Et ressortir avec un sac.

Évidemment.

Il y a aussi le plaisir de parler d’un livre qu’on vient de terminer avec quelqu’un qui l’a lu. Pouvoir dire « MAIS TU AS VU CE QU’IL A FAIT ? » sans avoir besoin d’expliquer les cinquante chapitres précédents.

Et quand personne autour de nous ne l’a lu ?

Eh bien, on en parle quand même.

Parce qu’une lectrice qui vient de terminer un livre qu’elle a adoré possède généralement une quantité d’informations qu’elle considère comme absolument nécessaire de partager.

Et enfin, il y a peut-être mon petit plaisir préféré : avoir un livre à attendre.

Attendre la suite d’une saga. Attendre le prochain roman d’un auteur qu’on adore. Attendre une sortie qui est encore dans plusieurs mois et qui nous paraît déjà beaucoup trop loin.

Et bien sûr, vérifier régulièrement la date de sortie comme si elle allait soudainement avancer par magie.

Spoiler alert : Elle n’avance jamais.

Mais on vérifie quand même.

Au fond, je crois que c’est ça qui rend la lecture aussi agréable : ce ne sont pas seulement les grandes histoires ou les énormes coups de cœur. Ce sont aussi tous ces petits moments autour des livres.

Choisir une lecture.

S’installer confortablement.

Découvrir une nouvelle histoire.

S’attacher à des personnages.

Trouver une phrase magnifique.

Tourner une page après l’autre.

Et parfois, simplement regarder sa bibliothèque et être contente d’avoir tous ces livres autour de soi.

Ce sont de petites choses, mais mises bout à bout, elles rendent la lecture beaucoup plus qu’une simple activité.

Et puis soyons honnêtes : si le simple fait d’acheter un livre, de le regarder pendant trois jours avant de le commencer et de finalement passer une nuit entière à le lire peut nous rendre heureuse…

Je ne vois absolument aucune raison de remettre cette habitude en question.

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