Il y a des soirées où tout ce qu’on veut, c’est se glisser sous sa couette, prendre un livre et disparaître de la circulation pendant quelques heures. Pas de grandes aventures, pas de programme extraordinaire, pas besoin de sortir de chez soi : juste moi, un livre et la ferme intention de ne répondre à personne. Enfin… sauf si quelqu’un m’apporte à manger. Là, je reconsidère immédiatement mes principes.
Pour moi, une soirée lecture parfaite commence déjà par le choix du livre. Et c’est probablement la partie la plus compliquée. Parce qu’évidemment, quand j’ai un moment tranquille pour lire, je pourrais prendre n’importe quel livre de ma bibliothèque. Mais non. Il faut réfléchir. Regarder les couvertures. Lire les résumés que je connais déjà. Hésiter entre trois livres. En prendre un. Le reposer. En prendre un autre. Et finalement revenir au premier, comme si cette réflexion existentielle était absolument nécessaire.
Une fois le livre choisi, il faut créer l’ambiance. Et là, je deviens soudainement très exigeante. Une lumière trop forte ? Impossible. Une pièce complètement dans le noir ? Non plus, parce que j’aimerais conserver mes yeux pour les prochaines années. Il faut donc une lumière douce, suffisamment agréable pour donner cette petite impression de cocon sans me faire croire que je suis en train de lire dans une grotte.
Ensuite vient l’étape indispensable : s’installer confortablement. Plaid, oreillers, couette… tout est permis. Le but est simple : être tellement bien installée qu’à partir du moment où je commence à lire, me lever devient une épreuve digne d’une émission de survie. Et bien sûr, il faut trouver LA position parfaite. Celle dans laquelle on se dit « ça y est, je suis parfaitement installée ». Puis, cinq minutes plus tard, on a mal au cou et on ne sait plus comment on avait réussi à se mettre dans cette position.
Évidemment, une soirée lecture sans quelque chose à boire ou à grignoter, ce serait presque de la publicité mensongère. Un chocolat chaud, une boisson fraîche, quelque chose de sucré… peu importe, du moment que c’est à portée de main. Parce que faire quatre mètres pour aller chercher quelque chose au milieu d’un chapitre particulièrement intéressant ? Certainement pas. Je ne vais quand même pas abandonner mes personnages dans un moment crucial pour aller jusqu’à la cuisine. Ils attendront. Moi aussi, apparemment.
Et puis il y a le téléphone.
Ah, le téléphone.
Le fameux « je vais juste regarder l’heure » qui se transforme mystérieusement en vingt minutes à regarder absolument tout sauf l’heure. Alors, dans ma soirée lecture parfaite, le téléphone est idéalement posé un peu plus loin. Pas forcément éteint, soyons réalistes, mais suffisamment éloigné pour que je doive faire un véritable effort physique avant de pouvoir l’attraper. Une technique scientifique très avancée : rendre le téléphone moins accessible que le livre.
Et puis, soyons honnêtes, le téléphone n’est pas complètement inutile pendant une soirée lecture. Il peut même avoir une fonction très importante : mettre un peu d’ASMR en fond. Mais pas n’importe lequel, évidemment. No talking, merci bien. Je veux pouvoir entendre mon histoire, pas quelqu’un me chuchoter dans les oreilles pendant trois heures. Un bruit de pluie contre les fenêtres, une cheminée qui crépite ou quelques sons d’ambiance bien choisis, et l’atmosphère devient immédiatement encore plus cosy. À condition de ne pas passer vingt minutes à chercher la vidéo parfaite avant de finalement réaliser qu’on aurait pu commencer à lire depuis longtemps.
Une fois tout cela installé, je peux enfin commencer à lire. Et c’est probablement mon moment préféré : celui où le reste de la journée commence doucement à disparaître. Les obligations, les cours, les messages, les choses à faire… tout devient un peu moins important. Il n’y a plus que l’histoire devant moi.
J’aime particulièrement ces soirées où je me dis que je vais simplement lire quelques chapitres. « Quelques », évidemment. Un mot très dangereux lorsqu’il est prononcé par une lectrice. Parce qu’un chapitre en appelle un autre, puis un autre, puis encore un autre. Et soudain, je regarde l’heure en découvrant qu’il est beaucoup trop tard et que je dois me lever le lendemain matin à six heures car je commence les cours à huit heures.
J’aime particulièrement ces soirées où je me dis que je vais simplement lire quelques chapitres. « Quelques », évidemment. Un mot très dangereux lorsqu’il est prononcé par une lectrice. Parce qu’un chapitre en appelle un autre, puis un autre, puis encore un autre. Et soudain, je regarde l’heure en découvrant qu’il est beaucoup trop tard et que je dois me lever le lendemain matin.
Mais est-ce que je vais arrêter ?
Bien sûr que non.
Je suis arrivée à un moment beaucoup trop intéressant.
C’est précisément à ce moment-là que je comprends que ma soirée lecture parfaite n’a absolument rien de raisonnable. Elle ne consiste pas seulement à lire tranquillement pendant une heure avant d’aller dormir. Elle consiste à me laisser complètement absorber par une histoire, à oublier l’heure, à m’attacher à des personnages fictifs comme s’ils allaient réellement m’envoyer un message demain matin et à promettre que « c’est le dernier chapitre » alors que je sais pertinemment que je mens.
Et finalement, je crois que c’est ça que j’aime le plus dans ces soirées.
Elles n’ont rien d’extraordinaire. Pas besoin d’un événement particulier, d’un endroit incroyable ou d’un programme parfaitement organisé. Il suffit d’un livre que j’ai envie de découvrir, d’une ambiance dans laquelle je me sens bien et de quelques heures où je peux simplement lire.
Parce qu’au fond, la soirée parfaite n’est peut-être pas celle où tout est parfaitement préparé.
C’est celle où on ouvre un livre en pensant lire quelques pages… et où, plusieurs heures plus tard, on réalise qu’on a complètement oublié le monde extérieur.
Et franchement, si disparaître quelques heures dans un roman est une mauvaise habitude, je ne suis pas certaine d’avoir envie de me soigner.