Débats littéraires

Inspiration, ressemblance, copie : où placer la limite sur BookTok et Bookstagram ?

Sur les réseaux littéraires, il arrive forcément que deux publications se ressemblent.

On parle des mêmes livres, on utilise parfois les mêmes citations, les mêmes tendances, les mêmes musiques… Alors, à partir de quel moment peut-on réellement considérer qu’une personne en a copié une autre ?

Et surtout : comment réagir lorsqu’on pense reconnaître son contenu chez quelqu’un d’autre ?

Cette question n’est d’ailleurs pas seulement théorique pour moi : il y a quelques jours, je me suis retrouvée au cœur d’une situation qui m’a justement amenée à réfléchir à cette frontière entre ressemblance, inspiration et copie.

Parce qu’entre constater une ressemblance et accuser quelqu’un de copie, il y a quand même une différence.

★ Quand deux personnes parlent du même livre

Prenons une situation très simple.

Deux personnes lisent le même roman et souhaitent en faire une publication.

Elles choisissent toutes les deux une citation présente dans le livre.

Évidemment qu’elles peuvent utiliser la même citation.

La citation ne devient pas la propriété de la première personne qui l’a publiée sur Instagram ou TikTok. Elle vient du livre que les deux personnes ont lu.

Il est donc assez étrange de considérer automatiquement comme une copie le fait de retrouver une même phrase dans deux publications consacrées au même roman.

Et c’est exactement là que le contexte devient important.

★ Même couleur, même ambiance : est-ce suffisant ?

Une autre ressemblance peut rapidement attirer l’attention : l’esthétique.

Deux publications peuvent utiliser une couleur de texte similaire, voire exactement la même.

Mais une couleur utilisée dans une publication n’appartient évidemment pas à la personne qui l’a utilisée en premier.

Certaines personnes ont même leurs propres habitudes visuelles : du mauve, du parme, du rose pâle, du beige, du bleu…

Utiliser régulièrement une couleur parce qu’elle correspond à son propre univers visuel n’est pas la même chose que reprendre volontairement l’identité graphique d’un autre compte.

La vraie question devrait donc être :

Est-ce que cette couleur a été choisie pour reproduire le contenu de quelqu’un, ou est-ce simplement une couleur que la personne utilise déjà ?

★ Et lorsqu’on utilise exactement la même musique ?

C’est encore plus évident sur TikTok.

Une musique peut être utilisée par des milliers de personnes.

Dans certains cas, on peut même arriver à utiliser exactement le même morceau qu’un autre créateur sans avoir vu sa publication.

Et c’est précisément ce qui peut arriver lorsqu’une musique est déjà très populaire sur la plateforme.

Dans une publication autour d’un livre, le choix musical peut également venir de l’univers du roman : un artiste mentionné dans le livre, une playlist associée à celui-ci, une ambiance particulière…

Dans ce cas, deux personnes peuvent parfaitement arriver au même morceau indépendamment l’une de l’autre.

★ Mais alors, à partir de quand peut-on parler de copie ?

C’est là que le débat devient intéressant.

Parce qu’il existe une différence entre : avoir plusieurs éléments en commun et reproduire volontairement la création de quelqu’un.

Deux publications peuvent avoir le même livre, la même citation, la même musique, une couleur identique, et pourtant avoir une mise en scène complètement différente.

À l’inverse, reproduire volontairement la composition d’une publication, son déroulement, sa mise en scène et plusieurs de ses éléments caractéristiques peut évidemment poser davantage question.

Il faut donc regarder la publication dans son ensemble, et pas simplement compter les éléments qui se ressemblent.

★ Et surtout : avant d’accuser, on échange.

C’est probablement le point qui me paraît le plus important dans cette histoire.

Lorsqu’on pense avoir été copié, on peut commencer par poser une question.

« Tu avais vu ma publication ? »

« Je trouve qu’il y a plusieurs ressemblances, tu peux m’expliquer ? »

« Est-ce que tu t’es inspirée de mon contenu ? »

Ce sont des questions qui permettent d’avoir une véritable discussion.

En revanche, recevoir directement un message du type :

« J’ai aucun soucis avec le fait de s’inspirer de mes tiktoks, mais si tu veux les copier, n’oublie pas de me taguer haha 🙂 »

ne laisse pas vraiment de place au doute ou à la discussion.

L’accusation est déjà posée comme une évidence.

Et dans le cas dont je parle ici, il y a un détail particulièrement important : je ne connaissais même pas le compte concerné au moment où j’ai réalisé ma publication.

Il ne pouvait donc tout simplement pas s’agir d’une inspiration de son contenu, qui au passage, ne m’inspire pas même maintenant que je l’ai découvert.

★ Afficher publiquement avant même de laisser répondre ?

Et c’est là que, selon moi, le comportement devient encore plus problématique.

Après avoir reçu son message, je n’ai pas répondu immédiatement. J’ai pris le temps de regarder ses publications, justement pour vérifier ce qu’elle me reprochait et comprendre d’où venaient les ressemblances qu’elle avait remarquées.

J’ai ensuite pris le temps de lui répondre en privé, le lendemain matin, après avoir regardé tout cela sérieusement.

Sauf qu’en découvrant ensuite sa story, j’ai constaté qu’elle avait partagé mon profil publiquement avant même de me laisser la possibilité de répondre.

Autrement dit : avant même de connaître ma réponse, mon compte était déjà exposé et présenté comme celui d’une personne qui l’aurait copiée.

Et c’est précisément ce que je trouve problématique.

Lorsqu’on pense réellement avoir un problème avec quelqu’un, on peut commencer par lui laisser la possibilité de s’expliquer. Prendre quelques heures pour vérifier les faits avant de répondre, c’est justement ce que j’ai fait.

Une accusation publique, elle, peut attendre que la personne concernée ait au moins eu la possibilité de répondre.

Parce qu’au-delà de la question de la copie, la manière de gérer un désaccord compte aussi. Accuser directement, puis exposer publiquement quelqu’un avant même d’avoir entendu sa réponse, ce n’est ni particulièrement mature, ni respectueux, ni une façon très honnête de chercher à comprendre une situation.

★ Et le fameux « tu aurais pu me taguer » ?

C’est aussi une question intéressante.

Pourquoi faudrait-il automatiquement identifier quelqu’un simplement parce qu’il a publié avant nous une vidéo utilisant certains éléments similaires ?

Si deux personnes présentent le même livre avec une citation tirée de celui-ci, utilisent une musique populaire et ont une esthétique proche, la deuxième personne ne devient pas automatiquement obligée de créditer la première.

Le fait d’avoir publié quelque chose en premier ne donne pas nécessairement une exclusivité sur tous les éléments utilisés dans cette publication.

Sinon, les réseaux littéraires deviendraient rapidement impossibles à utiliser : chaque citation, chaque musique, chaque couleur ou chaque idée esthétique pourrait être revendiquée par quelqu’un.

★ Ressemblance ≠ copie

C’est finalement peut-être la conclusion la plus importante de ce débat.

Une ressemblance peut être réelle sans qu’il y ait eu copie.

On peut reconnaître que deux contenus possèdent des éléments communs sans immédiatement accuser leur créateur.

Et surtout, lorsqu’on ne connaît pas la personne, qu’on ne connaît pas son processus créatif et qu’on ignore totalement si elle avait vu notre contenu avant de créer le sien, on ne peut pas simplement transformer une impression en certitude.

Avant de dire :

« Tu m’as copiée. »

il serait peut-être plus juste de commencer par :

« J’ai remarqué plusieurs ressemblances, est-ce que tu peux m’expliquer ? »

La différence entre les deux phrases paraît minime.

Pourtant, elle change complètement la manière dont une situation peut être réglée.

★ Et vous, vous en pensez quoi ?

À partir de combien d’éléments communs considérez-vous qu’une publication est réellement copiée ?

Une citation identique suffit-elle ?

Une musique ?

Une couleur ?

Plusieurs éléments réunis ?

Ou faut-il que la conception globale de la publication soit reprise pour pouvoir parler de copie ?

Et surtout :

Lorsqu’on pense avoir été copié, faut-il d’abord en discuter en privé avant de rendre l’affaire publique ?

Parce qu’au fond, le débat n’est peut-être pas seulement de savoir où se situe la limite entre inspiration et copie, mais aussi de savoir comment on choisit de traiter les autres créateurs lorsqu’un doute apparaît.

À vous de débattre.

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